CYBORG: le dossier complet

La semaine "spéciale Van Damme"  continue avec ce dossier complet sur un film emblématique de ses débuts. Alors qu'il explose dans le monde entier sur grand écran avec Bloodsport (sauvé de justesse de la poubelle de la Cannon Films où tout au mieux du marché du Direct to Vidéo grâce à un remontage de la dernière chance supervisé par l'acteur lui-même) Jean Claude Van Damme devient la nouvelle vedette de la firme (Chuck Norris et Charles Bronson sont en bout de course niveau box-office), Menahem Golan et Yolan Globus flairent alors les dollars potentiels.

La légende raconte que le fameux visuel utilisé pour les affiches seraient l'œuvre également de la star qui a demandé a faire une séance photos pour l'occasion.


En 1989 la Cannon Films, comme à son habitude, croule sous les projets de films déjà vendus alors qu'ils ne sont ni plus ni moins que des idées sur le papier. Mais les cousins Golan & Globus utilisent la bonne vieille méthode de la pub (affiche imaginaire, pitch en guise de véritable scénario,...) pour attirer les financeurs.

Oui, c'est vrai qu'avec une ouverture pareille (un matte painting digne de la série Star Trek de 1966 et la voix off tout en nuances)... Même le premier Mad Max, avec son budget dérisoire, passe pour une énorme production Hollywoodienne à côté!

Dans ce cas précis les projets sont donc l'adaptation de Spiderman et la suite des Maitres de l'Univers avec Dolph Lundgren. Mais les deux films ne seront pas, le premier tombe à l'eau car la Cannon Films qui est déjà en crise n'a pas de quoi payer les droits à Marvel et pour le deuxième c'est le bide au box-office du premier volet qui fait que la suite est abandonnée. Seulement voilà, pour ces deux projets des costumes et des décors sont déjà payés, alors les deux cousins décident de monter un film avec tout ça. 

La publicité habituelle de la Cannon pour vendre des films potentiels, l'histoire retiendra surtout, et bien évidemment, les projets qui n'ont jamais vu le jour.

C'est là qu'entre en piste Albert Pyun, réalisateur expert en bricolage cinématographique avec peu de moyens et deux bouts de ficelles. Vu le matériel existant (costumes et décors) ça ne peut être qu'un film de science-fiction, alors le réalisateur imagine un film post-apocalyptique avec un héros qui prend tous les risques en traversant une zone dangereuse où la violence règne pour rejoindre sa famille. Chuck Norris est évidement pressenti pour le premier rôle. Mais comme d'habitude rien ne passera comme prévu à la Cannon, le regretté karatéka barbu descend du train et la major impose alors Van Damme en pleine ascension. Le scénario est remanié pour que le rôle colle à la jeunesse et le style de l'acteur, le tournage commence.

La fameuse scène où le le cyborg se dévoile en retirant sa perruque. La preuve par l'image du manque de moyen de la production qui laisse paraître des effets spéciaux qui semblent plus anciens que ceux utilisés pour Terminator qui date pourtant de 1984.

Le réalisateur le sait, il faut aller vite car le temps c'est de l'argent et ça manque sur ce film. Donc la décision est prise de faire le montage en parallèle du tournage ce qui exclut que les cousins Golan & Globus puissent voir les rushes pour avoir une idée du résultat à venir. Le problème c'est que Albert Pyun n'a pas l'intention de faire un simple sous-Mad Max, il veut s'inspirer du cinéma de Sergio Leone, son idole, et surtout du légendaire Il Était une Fois dans l'Ouest. Alors le réalisateur multiplie les plans longs sans dialogues avec des acteurs presques figés fixant la caméra. De plus Pyun ajoute un côté presque mystique à son récit faisant de son méchant l'incarnation physique du diable. Bref on est loin Les Guerriers du Bronx 2 ou Atomic Cyborg, je sais que certain diront tant mieux mais au final, mais quand on regarde objectivement le Cyborg tel qu'on le connaît... vous retirez Van Damme... Honnêtement!

Une fois de plus, Albert Pyun s'inspire de Il Était une Fois dans l'Ouest avec cette scène où le grand méchant torture son ennemi en utilisant un enfant pour rendre la punition encore plus forte.

Une fois le film fini et projeté pour un test le couperet tombe, c'est catastrophique et on est loin du résultat visé par la Cannon: un Mad Max avec de la baston. Et pourtant il y en a, ça frappe violemment même... mais c'est trop long, c'est pompeux sans en avoir les moyens et c'est même limite parfois prétentieux. Alors les cousins Golan & Globus sont furieux, mais Van Damme a déjà vécu ça avec Bloodsport également pour la Cannon. La star reproduit alors le miracle qu'il a accompli avec le film précédent: il reprend tout, s'enferme dans la salle de montage! Il supprime tout ce qui plombe le film d'action que tout le monde espérait et applique pour les combats le meme principe que pour Bloodsport: le double, voir même le triple coup de pied à l'image alors qu'il n'y en a qu'un seul. Et du ralenti aussi bien sur les mouvements que sur les pauses après les coup portés. Le style Van Damme en somme!

Une vidéo qui illustre parfaitement le montage de la star qui va à l'encontre de la version d'Albert Pyun. On remarquera au passage à quel point le réalisateur mettait en valeur le personnage de Fender. Une autre preuve de l'hommage de Pyun à Sergio Leone qui fit de même avec Henry Fonda qui incarnait également le mal face au héros Charles Bronson.


Van Damme réussi une fois de plus a sauver la situation, le film va à l'essentiel et correspond à ce que le public veut voir. Sans être un énorme succès, le film fera des chiffres plus qu'honorables pour un tel résultat à l'écran. Car encore une fois admettez-le, sans notre sympathie pour la star et ce qu'il représentait pour ceux qui on grandit avec des vidéoclubs dans leurs vies, ça sent le film bancal et même très limite par instant. De plus le montage de la star impose des coupes pas toujours très fines et par moment on a l'impression d'avoir appuyé sur l'avance rapide ou même sur chapitre suivant. 

Il y a le cyborg de James Cameron qu'il faut brûler, faire exploser et même aplatir avec une machine hydraulique pour en venir a bout... Et il y a le cyborg made in Cannon Films qui tombe dans les pommes quand il chute sur de la paille et qui se réveille difficilement, presque avec des vertiges!

Il y a des ellipses de temps incroyables qui rendent certaines séquences presque drôles, comme par exemple le fait qu'à deux reprises au moins le héros, qui est sur les traces de son ennemi et de son engeance, se retrouve comme par magie devant eux sans explication (même lorsqu'ils prennent un bateau et que Van Damme, lui, reste à pied et bien notre héros sera sur leur chemin en avance et c'est eux qui iront à sa rencontre). C'est la méthode dite du "Vil Coyote", du célèbre cartoon, qui sera d'ailleurs déjà utilisée pour Invasion USA aussi pour la Cannon, rappelez-vous Chuck Norris était toujours là avant les terroristes sur les lieux choisis pour les attentats. Van Damme garde de la version de Albert Pyun, le principe des flashbacks placés de façons parfois hasardeuses comme dans Il Était une Fois dans l'Ouest d'ailleurs. 


Le film sera distribué par Delta Vidéo et réédité pour diverses collections


Mon avis sur le film:
Vous l'aurez compris même si je garde un regard objectif sur les défauts du film et sur son côté culte qui n'existe que par la présence du Jean Claude Van Damme de ma jeunesse, je ne cache pas mon affection pour ce Cyborg. Par la singularité de son style (donc souvent  involontaire on l'aura compris), par son côté rentre-dedans (le montage salvateur de la star) et par les "restes" de la vision crépusculaire de Albert Pyun, ce film m'étonne toujours autant aujourd'hui malgré les innombrables visionnages (VHS et DVD). Autant je peux me lasser d'un Kickboxer ou d'un Coups pour Coups, autant Cyborg me semble toujours aussi jouissif et plaisant. Et si je devais citer le film qui représente le plus l'époque VHS de la star, et par extension de l'éditeur Delta Vidéo, ce serait sans hésitation Cyborg


Les + VHS:
Revenons sur la séquence où Pearl révèle au héros qu'elle est en réalité un cyborg, encore une fois si les effets spéciaux choquent (et avouons-le c'était déjà le cas à l'époque) aujourd'hui c'est autre chose qui m'interpelle. Le manque de ressemblance entre l'actrice qui interprète "la" cyborg et le mannequin "animé" une fois les cheveux en moins... 


Nous sommes bien d'accord sur le fait qu'il y a très peu de ressemblance entre ces deux visages, pour ne pas dire aucunes même. Et bien si maintenant je compare le visage du cyborg avec un autre personnage féminin du film, Mary de qui le héros tombera amoureux par le passé, voilà ce que ça donne...


Étonnant non? Les mêmes traits du visage et le même regard. Alors vous allez me dire: "c'est normal puisque le héros dit à Pearl qu'il lui vient en aide parce qu'elle lui rappelle quelqu'un!" Ok, mais il lui dit ça avant qu'elle ne retire sa chevelure et dévoile ce visage. 
Alors simple hasard ou volonté d'Albert Pyun à l'époque de sa version mais qui reste difficilement explicable... Décidément ce film réserve encore son lot de surprises ou d'éléments illogiques prêt de 40ans plus tard!


Quelques vidéos qui donnent une idée du film voulu par Albert Pyun et à quel point Van Damme coupe et accélère donc le rythme du film. Le director'cut de Pyun sortira bien des années plus tard sous le nom de Slinger.





La VHS et les cyborgs c'est une grande histoire d'amour (surtout pour le cinéma bis voir même Z), avant Van Damme et après, et ça représente tellement nos weekends de location grâce à nos tant regrettés vidéoclubs. 










Soundtrack & VHS:



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